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Alice est une jeune femme souriante, pleine de vie qui a toujours rêvé dessiner. Déjà à l’école, ses feuilles de cours regorgeaient de dessins. Passée par des études de lettres, Alice a finalement repris la route artistique qui l’a toujours tentée. Ainsi, la persévérance lui a permis de vivre sa passion. Alice est aujourd’hui illustratrice. Nous l’avons rencontré dans un endroit charmant qui n’est autre que son atelier. Un lieu calme et inspirant où elle nous parle un peu d’elle…

 

Bonjour Alice, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Alice Durand Wietzel, je viens de Paris et j’ai 27 ans. Aujourd’hui je fais de l’illustration digitale, de la peinture et j’imprime en riso.

Depuis quand dessines tu ?

Je dessine depuis toute petite. Déjà comme un passe-temps, chez ma grand-mère, je dessinais avec ma sœur des journées entières. J’ai eu quelques copines en primaire qui dessinaient énormément, et qui m’ont donné l’envie. J’ai fini par dessiner en cours, mon bureau regorgeait de feuilles crayonnées, je me faisais gronder par mes profs. J’admirais Roger Leloup, l’auteur de la bande dessinée Yoko Tsuno. Un bref instant j’ai voulu être avocate, mais j’ai vite changé d’avis. (rires)

Peux tu nous en dire un peu plus sur ton parcours ?

J’ai hésité à faire une formation professionnelle en lycée STI mais mes parents y étaient réticents. J’ai donc fait une formation générale, suivie d’une prépa littéraire. J’ai enchaîné sur une équivalence à la fac, et c’est seulement après avoir décroché ma licence que j’ai pu me lancer dans une prépa artistique. J’ai eu la chance d’être admise aux Arts Décos de Paris, où j’ai suivi le cursus Image Imprimée jusqu’au master.

Qu’est ce qui a fait que tu t’es lancé ? Est ce que tu as eu un déclic particulier ?

J’ai voulu rentrer en prépa d’art directement après mon bac, mais mon dossier était un peu faible. Les retours négatifs sur mon travail m’ont effrayée, je me suis persuadée que je n’étais pas du tout faite pour ça. Mes parents étaient enthousiastes à l’idée que je puisse faire une hypokhâgne et j’ai donc suivi les conseils de l’équipe pédagogique du lycée. Une fois arrivée là-bas, j’ai voulu trouver une autre formation, mais ma mère m’a rappelé que je devais finir ce que j’avais commencé et avec sérieux. (rires) J’ai gardé ce conseil en tête toute ma vie.

Comment pourrais-tu qualifier ton style ?

C’est un style semi-réaliste focalisé sur le dessin des corps, avec des éléments naïfs qui se baladent de ci de là. C’est coloré tout en restant assez doux. Dans mes compositions, je fais autant attention aux formes qu’aux contre-formes, surtout dans la disposition des corps. Le vide entre un bras et une épaule peut avoir plus d’importance que le trait du bras. C’est-à-dire que je ne pense pas juste au réalisme de la courbe mais à l’harmonie de l’ensemble. Les femmes sont mon sujet de prédilection, j’ai dessiné quelques hommes, mais leurs courbes m’amusent moins.

Comment trouves-tu l’inspiration dans tes dessins ?

Parfois je m’inspire de poses que je trouve dans la peinture classique, que je transforme et re-contextualise. Instagram a une influence majeure dans mon inspiration, mais je fais très attention à ce qui me parle et la façon dont je le restitue. Il m’arrive aussi de regarder des dessins et de me dire que la gamme de couleurs est très chouette, cela me donne de nouvelles envies mais je ne pourrais pas l’utiliser car ce n’est pas moi.

Je m’imprègne aussi de l’univers de filles qui postent des photos d’elles, ou bien marques de vêtements à l’identité visuelle forte. Certains comptes qui repostent des photos trouvées sur internet ou encore des tableaux un peu romantiques me permettent de dénicher des raretés. Mais je reste vigilante à tout, comme par exemple aux vieilles étiquettes de fruits, aux timbres, à des supports plus improbables.

Ton style a évolué avec ton âge. Qu’est ce qui t’inspirais plus jeune ?

Les mangas (rires). J’ai conservé le livre que Clamp a dédié à Sakura Card Captor. Je l’ai retrouvé récemment et je suis toujours impressionnée par ces 7 femmes mangakas. Leurs aquarelles sont très délicates et une de leur gamme colorée m’a récemment inspirée pour une commission. Plus jeune, Margaux Motin m’a également beaucoup inspirée, j’étais fan des rubrique dans le magazine pour ados Muteen, qui me fait rire encore aujourd’hui.

Peux tu nous expliquer les étapes de ton travail ?

En général je dessine au criterium sur mon cahier, puis je photographie mes images pour contrebalancer la perspective un peu déformée due à ma table plane. Une fois que c’est fait, je repasse tous mes traits sur Photoshop afin que tout soit propre. Les décors interviennent après, ils ne sont que rarement présents dans mes croquis. Une fois que tout est impeccable, j’imprime ou bien je décalque mes images pour les reproduire à la gouaches sans traits apparents. Parfois c’est entièrement digital, et je fais tout au fur et a mesure sur mon ordi avant d’occulter complètement la partie crayonnée.

Il y a un certain « GirlPower » aux travers de tes dessins, n’est ce pas ?

Oui totalement. J’ai rencontré beaucoup de difficultés lors de la préparation de mon diplôme à cause de ça. Difficile de faire comprendre à certains enseignants que représenter des corps de femmes n’était pas, dans mon cas, une volonté de les sexualiser et que le désir était absent de ma démarche. Le dessin de femmes nues est souvent interprété comme érotique, et je me souviens d’un homme qui m’avait demandé sur Instagram si je pensais dessiner un jour des scènes de sexe. Je lui ai répondu que non, ce à quoi il a répliqué que les organes génitaux étaient sexuels et que donc je dessinais du sexe. Clairement la sensibilité n’est pas la même pour tout le monde.

As-tu des projets aujourd’hui ? Et pour plus tard ?

 Je m’apprête à signer un contrat avec un agent, et j’espère que nous aurons pleins de projets ensemble. J’ai vraiment hâte, nous allons explorer plein de supports comme les couvertures de livres, les fresques, le packaging, etc..Des projets qui me permettront de décliner mon travail à l’envi. J’ai également un projet d’édition avec un éditeur basé à Amsterdam, Terry Bleu. Nous allons réaliser un livre tout en sérigraphie sur le thème du Harem. Un second projet d’édition est encore au stade d’embryon avec Colorama Print, une maison d’édition allemande. Dans un futur beaucoup plus proche, je vais dessiner au Macki Festival le 29 juin. Il s’agit de live-drawing, c’est très excitant et stressant à la fois!

Un coup de cœur/coup de gueule à partager ?

Il y a quelque chose de terrible avec Instagram, même si c’est un média génial pour se faire connaître et partager. Nos images sont diffusées de manière gratuite et accessible à tous, ce qui nourrit l’idée chez certaines entreprises et personnes, que le travail est gratuit. Ils estiment que nos images sont là pour qu’ils puissent s’en servir à volonté, parfois sans respecter les règles élémentaires du repost. Je reçois énormément de proposition de collaboration douteuse dans lesquelles on me propose de l’ « échange de visibilité ». On nous demande en fait simplement de donner nos images pour créer du contenu, en échange de quoi nous bénéficions d’un post sur notre travail. Mais le contenu n’est pas gratuit, de la même manière qu’on paye un texte, il faut payer une image, car la profession d’illustrateur est un métier à part entière. On ne peut pas vivre de reconnaissance et de repost, il faut rémunérer les artistes et mettre fin aux entourloupes des boîtes malhonnêtes.

Retrouvez Alice sur Instagram @alicewietzel, mais aussi sur Tictail.

Solène Vigouroux